Le guide du Bordeaux colonial

Maréchal Lyautey (Quai du)

May 13, 2020 | 4 Minute Read

Louis-Hubert Lyautey (1854-1934) est fils de militaire et de haut fonctionnaire par son père et d’aristocrate par sa mère.

C’est un monarchiste qui a le plus grand mépris pour la République mais restera loyal. Sorti de Saint-Cyr et de l’École d’application d’état-major, il est envoyé en 1880 en Algérie. C’est là que ce catholique convaincu connaît une véritable révélation pour l’islam : très impressionné par la foi et la civilisation musulmanes, il décide d’apprendre l’arabe. Il est à l’inverse très critique sur ce qu’il voit sur place de la politique coloniale française et aspire à un «système plus civilisé et plus humain ». De 1894 à 1902, il sert en Indochine. En 1902 et en 1903, il est à Madagascar où il seconde le général Gallieni, gouverneur général de Madagascar

Résident général au Maroc

En 1912, une convention signée entre la France et le sultan marocain (le traité de Fès) organise officiellement le Protectorat français sur l’empire chérifien. Lyautey, nommé résident général, met en place un modèle personnel de Protectorat. La « pacification » se fait au nom du sultan. Lyautey installe lui-même le nouveau sultan, Moulay Youssef, qu’il forme à son métier de roi. La stratégie consiste à créer une solidarité d’intérêt entre les colonisateurs et les autorités traditionnelles (sultan, chefs locaux) contre tous ceux qui refusent de rentrer dans le moule des accords de Fès, en particulier les grands seigneurs qui contestent l’autorité du sultan. Les institutions chérifiennes traditionnelles sont respectées : l’accès des mosquées et des sanctuaires musulmans est interdit aux Européens. Les médinas sont conservées et séparées des nouvelles villes et quartiers construits et habités par les Européens, la propriété foncière est préservée. Militairement, si Lyautey contrôle bien le Maroc occidental des plaines et des collines dans un triangle Fès-Casablanca-Marrakech, le reste de la colo- nie est incertain. Il y mène tous les ans des opérations militaires meurtrières (bombardements aériens sur les villages, les troupeaux et les récoltes).

À la différence de l’Algérie, le Protectorat à la Lyautey est plus un contrôle qu’une administration directe.

Enfin, pour Lyautey, le Protectorat est temporaire, il doit préparer l’accès à l’émancipation: «Il y a lieu de prévoir qu’en un temps plus ou moins lointain, l’Afrique du Nord évoluée, vivant de sa vie autonome, se détachera de la métropole. Il faut qu’à ce moment-là et ce doit être le but suprême de toute notre politique, cette séparation se fasse sans douleur et que les Africains continuent toujours de se tourner vers la France» (1920).

Mais les évènements vont se précipiter. À l’occasion de la révolte d’Abdelkrim et de la guerre du Rif, il est désavoué par le gouvernement et démissionne le 10 octobre 1925.

Commissaire général de l’exposition coloniale

En 1927, la République française propose à Lyautey d’être le commissaire général de l’Exposition coloniale de 1931 qui se tient à Paris, porte Dorée, au bois de Vincennes.Voulant éviter l’«exhibition foraine», il fait interdire les « indigènes aux corps nus ou en cage », mais il n’a pas pu empêcher l’organisation au Jardin d’acclimatation du bois de Boulogne, d’un véritable «zoo humain », où des Kanaks de Nouvelle-Calédonie, enrôlés dans un spectacle abject nommé Les Cannibales et sous la houlette d’un metteur en scène du Chatelet, apparaissent à moitié nus, criant, gesticulant et dévorant de la viande… Lyautey reconnaît le succès populaire de l’exposition (8 millions de visiteurs : 4 millions de Parisiens, 3 millions de provinciaux et 1 million d’étrangers), mais selon lui l’évènement «n’a pas per- mis de faire mieux aimer et connaître les colonies et leurs peuples».

Il meurt en 1934, retiré dans son manoir lorrain, dans un état d’assez grande tristesse, persuadé d’avoir raté son œuvre. Il est enterré à sa demande à Rabat avec l’épitaphe suivante: «Ici repose Louis-Hubert Lyautey qui fut le premier résident général français au Maroc de 1912 à 1925, décédé dans la religion catholique dont il reçut en pleine foi les derniers sacrements, profondément respectueux des traditions ancestrales et de la religion musulmane gardée et pratiquée par les habitants du Maghreb.»

Aujourd’hui, à Casablanca, un lycée porte encore son nom. Lyautey est un personnage complexe. Courtois, paternaliste avec les autorités indigènes (souvent instrumentalisées) et les populations lorsqu’elles sont sou- mises, féroce avec les récalcitrants, il est un agent zélé d’un colonialisme moins brutal mais assumé.

Dénomination : 1938. Autres communes: Bègles (rue), Blanquefort (rue), Le Bouscat (bd.), Mérignac (av.), Pessac (av.),Villenave d’Ornon (rue).

Retrouvez en podcast Contre-Sommet Francafrique 2020 - Le quai du Maréchal Lyautey - voyage d'Isabelle en Palestine #1 diffusé sur la Clé des ondes le 11 décembre 2019