Le guide du Bordeaux colonial

Cardinal Donnet

January 08, 2020 | 2 Minute Read

Voici un curieux archevêque de Bordeaux, le cardinal Donnet qui fut l’un des grands activistes de la tentative de canonisation de Christophe Colomb, le massacreur des populations indigènes

Ferdinand-François-Auguste Donnet a été archevêque de Bordeaux et des Antilles pendant près d’un demi-siècle, de 1837 jusqu’à sa mort en 1882. Il a aussi été cardinal – promu par le même pape Pie IX – durant les trente dernières années de sa vie.

F.-F.-A. Donnet a produit de nombreux textes, instructions pastorales, sermons et discours durant cette longue carrière. Ses œuvres ont été éditées par la maison Gounouilhou à Bordeaux à la fin du XIXe siècle 1 et sont conservées » à la bibliothèque diocésaine, rue Saint-Genès.

Célèbre pour ses nombreuses entreprises de restauration le « cardinal des clochers » est aussi connu des historiens pour une initiative originale. Il a en effet écrit au pape pie IX, le 25 août 1866 – en français et en espagnol – pour lui demander la béatification de Christophe Colomb.

Il faut dire qu’en cette deuxième moitié de XIXe siècle, une forte compétition mémorielle existe autour du navigateur génois. Elle est d’ailleurs évoquée par le cardinal à la fin de sa lettre : « Au moment où la civilisation élève des monuments à Christophe Colomb, afin d’honorer son courage sa constance, ses vertus naturelles, L’Église ne jugera-t-elle pas à propos de couronner les mérites surnaturels du héros chrétien ? ».

En effet, à la veille du quatrième centenaire de la « découverte », de nombreux monuments sont érigés en Europe et aux Amériques à la mémoire du navigateur. Le cardinal Donnet prend prétexte de la parution d’un essai historique intitulé Christophe Colomb (en ligne sur Gallica) écrit par le très catholique Comte Roselly de Lorgues pour affirmer que cet ouvrage « redresse de nombreuses erreurs » et répare « des omissions préméditées ». L’ouvrage reproduit pourtant un certain nombre de contre-vérités sur les supposées résistances à l’entreprise colombienne qui auraient été mises en avant par « les savants, les hommes de Cour, les associations de cosmographes ».

Au moment où les libres-penseurs tentent de faire de Colomb le héraut du progrès et le pionnier de la fièvre coloniale qui va s’emparer de toute l’Europe, les catholiques n’ont pas l’intention de se faire voler ce symbole car il met en lumière, selon les termes-mêmes du Cardinal, « la supériorité des vues de l’Église, sa prévoyance tutélaire, la fécondité de son action, en démontrant que la découverte du nouveau continent fut le triomphe de l’inspiration catholique ».

Le pape n’accéda pas à cette demande de béatification mais la démarche du Cardinal inspira le romancier Alejo Carpentier qui, dans La harpe et l’ombre, fait une description très ironique de cette compétition mémorielle entre les catholiques et les anticléricaux, compétition qui n’a pas empêché un profond consensus entre les deux partis pour justifier la conquête coloniale et ses cohortes de massacres.

1 Instructions pastorales, LETTRES ET DISCOURS de son éminence le Cardinal-Archevêque de Bordeaux sur les principaux objets de la SOLLICITUDE pastorale, tome 7 - de 1864 à 1867, éd. Gounouilhou, Bordeaux, 1867, p 405-415. </p></div>